Le crowdfunding : un levier financier pour l’ESS ?

Se rassembler pour donner - même un peu- et ainsi multiplier l’impact de nos contributions.

C’est le principe du financement communautaire et participatif ou crowdfunding, né au 18e siècle pour soutenir des actions de charité. Il a donc en quelque sorte été inventé par les associations, permettant à une somme d’individus extérieurs à un projet d’investir dans celui-ci.

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Il nous faut donc remonter le temps, jusqu’au 18ème siècle pour trouver les origines du crowfunding moderne. A l’époque de la révolution industrielle, qui débuta au 18e siècle, et qui modifia la face du monde comme peu d’événements l’avaient fait jusqu’alors. En Angleterre, les conditions préalables au progrès industriel étaient réunies : connaissances techniques, capitaux suffisants, disponibilité des matières premières, transport à moindre coût de ces matières premières et des produits finis. Ces facteurs, et d’autres allaient permettre une augmentation rapide et sans précédent de la production de biens.

Des événements survenus plus tôt avaient ouvert la voie. Ainsi, le charbon, dont regorgeait le sous-sol anglais, était maintenant utilisé comme combustible. De plus, le pays possédait aussi un système bancaire très élaboré. À partir des années 1740, la population britannique augmenta rapidement. L’industrie dut recourir à de nouvelles méthodes pour faire face à une demande accrue. La tendance générale était manifestement à la conception et à la multiplication de machines plus perfectionnées. Tandis que les banques finançaient le développement, des légions d’ouvriers affluaient dans des ateliers mécanisés. Les syndicats, jusque-là interdits, furent légalisés. Les ouvriers britanniques, moins à l’étroit dans les règlements des corporations que leurs pairs d’Europe continentale, étaient payés aux pièces. Une raison supplémentaire pour eux de rechercher l’amélioration de la productivité.
 
Mais voilà, les problèmes de financement augmentèrent avec la taille des entreprises. Du coup, de plus en plus d’affaires fusionnèrent, et regroupèrent les capitaux de plusieurs investisseurs. Cette mise en commun du capital passe pour l’une des plus grandes innovations dans le domaine des affaires.

Le crowdfunding d’aujourd’hui

Dès le milieu des années 1990, avec l’apparition d’Internet, le crowdfunding s’est diversifié. Aujourd’hui, au-delà des spécificités et de son originalité, la finance participative est devenue un levier financier au même titre que d’autres et les acteurs concernés (porteurs de projets, entrepreneurs, investisseurs, financiers, réseaux d’accompagnement, fondations, collectivités locales, politiques et institutions) s’en sont emparés avec plus ou moins de succès. A titre d’exemple, face à cette solution attractive Fleur Pellerin (alors ministre déléguée en charge des PME, de l’Innovation et du Développement numérique) n’a pas hésité à manifester l’ambition de faire de la France « le pays pionnier du financement participatif ». En conséquence, en 2014, l’Association Financement participatif France (FPF) qui regroupe les acteurs français du crowdfunding avançait le chiffre symbolique d’un million de Français qui aurait à l’époque participé au financement d’un projet en crowdfunding.
 
Il va de soi que les Etats, les politiques, les grandes entreprises et les banques traditionnelles et d’autres organismes de financement, tels que Bpifrance (banque publique d’investissement), ont très vite mesuré l’ampleur du phénomène. Si bien qu’ils l’ont intégré dans leurs stratégies en engageant des partenariats avec les plateformes existantes ou en se lançant dans la mise en place de leur propre plateforme de financement participatif. Plus le temps passe, plus le crowdfunding apparaît comme un débouché alternatif à la banque traditionnelle, une solution au problème du financement de l’amorçage d’un projet.

La version Bpifrance du financement participatif

La banque publique d’investissement a pour mission première de faciliter le financement des entreprises. C’est dans le cadre de cette mission, que BPI a choisi de soutenir les initiatives de financement participatif. Suite à la conférence donnée le 9 octobre 2014 au siège de la BPI à Paris, l’organisme a lancé un projet destiné à favoriser le Crowdfunding.  C’est ainsi qu’est né le site tousnosprojets.bpifrance.fr avec le but de « fédérer les acteurs français de la finance participative et d’éviter le développement d’un phénomène communautaire auprès de chaque plate-forme (ce qui irait à contrario des principes mêmes de la finance participative) et d’offrir une visibilité améliorée aux porteurs de projet ».

Quel intérêt pour l’économie sociale et solidaire ?

Selon un article rédigé par la voix du mouvement associatif en juillet 2013, Bpifrance propose une gamme d’outils financiers au service de l’économie sociale et solidaire. L’objectif : Faciliter l’accès au financement des organismes de l’ESS dont la structure capitalistique ne permet pas de faire de plus-values. Cet article  précisait : « Au total, ce sont près de 600 millions d’euros qui sont mis à la disposition des acteurs de l’ESS au premier rang desquels les associations : 500 millions d’euros de nouveaux fonds de la BPI, 80 millions d’euros du programme d’investissement d’avenir (PIA) et 20 millions d’euros du fonds d’innovation sociale, sous forme d’avances remboursables ».

Précisons qu’il s’agit d’une avance remboursable (et non d’une subvention !) permettant aux associations de renforcer leurs fonds associatifs, de financer leurs investissements ou de prévenir ou répondre à des problèmes de trésorerie récurrents. Cette avance ne finance pas la totalité du besoin, mais donne un « coup de pouce ». Ce prêt sera adossé à un fonds de garantie spécifique abondé par l’Etat. Son montant varie de 10 000 € minimum à 50 000 € maximum. La durée du prêt est de 7 ans, avec 2 ans de différé de remboursement. Les cibles prioritaires de ces avances sont les petites et moyennes associations. Dans la mesure où il s’agit d’un prêt remboursable, emprunter plus supposera de devoir rembourser plus. Seules les associations ayant une capacité de remboursement suffisante pourront se le permettre.
 
Le mode de financement initié par la Banque Publique d’Investissement servira-t-il un jour de levier financier aux modestes associations de quartier ? De quoi faire réfléchir l’ensemble du réseau d’une économie sociale et solidaire en pleine mutation.

Qu‘est ce que le crowdfunding ?

Le crowdfunding ou financement participatif est un nouveau mode de financement de projets par le public. Il permet de récolter des fonds — généralement de faibles montants — auprès d’un large public en vue de financer un projet artistique (musique, édition, film, etc.) ou entrepreneurial. Les opérations de crowdfunding peuvent être des soutiens d’initiative de proximité ou des projets défendant certaines valeurs.
 
Le crowdfunding fonctionne le plus souvent via Internet et se présente sous différentes formes :

  • ​des dons avec ou sans contrepartie ;
  • ​des prêts avec ou sans intérêt ;
  • ​ou des souscriptions de titres.

 
En France, afin de favoriser le développement du financement participatif dans un environnement sécurisant pour les contributeurs (donateurs, prêteurs ou investisseurs), les pouvoirs publics ont adapté la réglementation, par l’ordonnance n°2014-559 du 30 mai 2014.
 
Le nouveau dispositif est entré en vigueur le 1er octobre 2014.
http://acpr.banque-france.fr/agrements-et-autorisations/le-financement-participatif-crowdfunding.html