Le décrochage scolaire et le pari de l’éducation nationale

Diviser par deux, en 2017, le nombre de décrocheurs, tel est le défi que se sont lancées les autorités. En Guadeloupe, l’expérience du Micro-Lycée est mise en œuvre dès la fin de ce mois.

Ce ne sont pas moins de 120 à 150 000 jeunes qui, chaque année sur le sol français quittent le système de formation initiale sans avoir obtenu une qualification équivalente au baccalauréat ou un diplôme à finalité professionnelle (certificat d’aptitude professionnelle ou brevet d’études professionnelles).

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Et que dire de ces 620 000 jeunes de 18 à 25 ans qui sortent précocement du système éducatif sans diplôme du second cycle du secondaire, et qui restent durablement en dehors de tout dispositif de formation. C’est ce qu’on appelle le décrochage scolaire. En cause : un désintérêt progressif de l’élève pour l’école, sinon le fruit d’une accumulation de facteurs qui tiennent à la fois au parcours personnel du jeune et à la façon dont fonctionne le système éducatif.

UN ENJEU CAPITAL

Dans le département de la Loire, le décrochage scolaire a fait l’an dernier l’objet d’une étude du CESER, le Conseil Social et Environnemental Régional qui a mis en exergue les caractéristiques du décrocheur : « rapport à l’école difficile, faible estime de soi ».La rapporteure Dominique Riou assurait alors que « les formations manquent de souplesse et ne sont pas compatibles avec la culture de l’immédiateté des jeunes ».Selon les estimations d’un responsable d’entreprise, en France hexagonale « un jeune qui a décroché coûterait entre 230 000 et 250 000 € à la société, toute sa vie ».

Comment y faire face ? Le ministère de l’Education nationale veut en tout cas prendre le taureau par les cornes, en mettant notamment l’accent sur la persévérance scolaire et la prévention du décrochage, mais aussi sur la mobilisation partenariale, notamment avec les collectivités territoriales.

Le dispositif est destiné aux jeunes de cette fourchette d’âge sortis du système scolaire sans diplôme depuis au moins 6 mois. L’objectif est de leur  remettre les pieds à l’étrier : pas seulement leur permettre d’obtenir le Bac (et de poursuivre pourquoi pas en BTS) mais aussi les réinsérer et les aider à trouver un emploi.
Il y a dix ans, pour eux, est né le premier micro-lycée de France, à Melun. Il en existe aujourd’hui une dizaine sur le sol français.

UN CADRE PLUS AGRÉABLE

Ainsi, l’année scolaire 2015-2016 sera marquée par la poursuite du plan d’action « Tous mobilisés pour vaincre le décrochage scolaire ». Une façon de répondre à l’objectif présidentiel de diviser par deux, en 2017, le nombre de décrocheurs. Le principe : développer la coopération des équipes éducatives au sein des établissements et avec les partenaires extérieurs ; renforcer le dialogue entre les parents et l’école ; valoriser dans chaque académie la mobilisation de tous contre le décrochage scolaire ; soutenir la formation à la prévention du décrochage scolaire ; un accompagnement personnalisé et un parcours aménagé expérimentés ; de nouvelles dispositions relatives à la préparation des examens des voies générale, professionnelle et technologique et à la délivrance du baccalauréat.

LA RÉPONSE A UNE ATTENTE

La Guadeloupe inaugure à son tour ce nouveau dispositif. Dès la fin de ce mois, deux nouvelles classes sont rattachées au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre. Elles ouvriront leurs portes à la résidence Les Canelières, à Providence, aux Abymes.

« Cette structure publique a pour objectif de permettre la rescolarisation de jeunes. Les conditions d’inscriptions sont multiples et chaque dossier sera étudié au cas par cas », explique S. Roger, la coordonnatrice du Micro-Lycée de Guadeloupe. Il s’agit d’une structure de petite taille qui propose une trentaine de places aux candidats. Les jeunes qui n’ont pas aimé l’école ou qui ont décroché, mais qui demeurent motivés, ont par ce biais la possibilité d’évoluer dans un cadre tout à fait différent, plus agréable, qu’ils vont aménager et décorer selon leurs souhaits. La structure, unique en Guadeloupe, a pour but de faciliter la reprise d’études. Chaque élève sera ainsi accompagné dans son projet personnel de formation, afin de l’aider à préparer le baccalauréat général ou technologique, dès la seconde. Avec la validation des autorités académiques, tout a été pensé pour le bien-être de ces « jeunes adultes ». Une équipe de professeurs dynamiques et volontaires sera à leur écoute.

Pour les jeunes au parcours cabossés, fâchés avec le système, sans s’annoncer comme  la solution miracle, le micro-lycée représente avant tout une main tendue dans un cadre moins strict qu’un lycée classique. Un pas non négligeable dans la mise en œuvre d’une volonté politique  forte contre le décrochage scolaire! C’est une véritable aventure humaine que vont  partager les élèves de cette première promotion et l’équipe pédagogique.