Redonner une seconde vie aux déchets pour éveiller les consciences

Ainsi vont les choses. “La crise des déchets ne ressemble à aucune autre. En cas de sécheresse, les gens réduisent leur consommation en eau.

Mais là, nous ne faisons que produire davantage de déchets.” La question des déchets devient de plus en plus  cruciale.

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Et si nous dessinions le monde autrement en matière de recyclage des déchets, une lueur d’espoir apparaîtrait dans cet océan d’immondices à développement exponentiel ?

La revalorisation des déchets grâce à une économie solidaire

Voilà bien un paradoxe! Nous sommes capables d’aller sur la lune. Nous explorons le fond des océans. Nous avons domestiqué l’atome. Pourtant, malgré toutes nos grandes aptitudes, malgré toute notre intelligence, nous ne sommes pas en mesure d’assurer correctement l’enlèvement et le traitement de nos ordures ménagères. En fait, beaucoup craignent que nous n’en venions un jour à crouler littéralement sous les immondices.

Depuis des années, les écologistes ont conspué les effets dévastateurs du développement technologique sur l’air, l’eau, le sol, la vie végétale et animale. Mais l’attrait du profit et d’un niveau de vie plus élevé s’est de loin révélé le plus attirant.

Certains défendent le raisonnement suivant: « Si un projet crée des emplois et s’il est source de profit, alors on ferme les yeux sur les problèmes d’environnement et de santé qu’il peut entraîner. » Il est évident que ceux qui raisonnent de la sorte sont tout simplement trop empêtrés dans les problèmes économiques et politiques pour s’inquiéter activement de l’avenir et des problèmes d’environnement qui présentent un caractère urgent et dangereux.

À l’inverse et fort heureusement,  des personnalités Guadeloupéennes telles que l’éco designer Guy Gabon, ont fait le choix de se mobiliser. Ils œuvrent inlassablement en faveur de l’écologie et du développement durable s’arc-boutant au  recyclage des déchets. Leur objectif ? Toujours le même : interpeller pour changer les comportements, tant individuellement que collectivement, en faveur d’un développement humain, durable, et solidaire.



Pour mémoire, en 2014 aux côtés d’artistes Guadeloupéens Guy Gabon en sa qualité d’éco designer, artiste de land art, et cinéaste avait pris le parti de collecter ce que la mer nous restitue pour faire œuvre de témoin. C’est ainsi que, du 7 au 22 novembre 2014 5 totems géants de tri sélectif représentant des animaux marins ont été posés sur les villages de la Route du Rhum (Place de la victoire - Marina de Pointe à Pitre - Port de Basse-Terre). Pour bien témoigner de la densité de cette masse de déchets, ils l’ont transformée en œuvre d’art en vue de sensibiliser, d’accrocher les regards. Bref, parler de cette pollution autrement dans le but d’encourager au tri sélectif et à la gestion de nos déchets en particulier, les déchets marins et nautiques.

Redonner une seconde vie aux déchets afin de stimuler les esprits et éveiller les consciences avec l’objectif d’amener notre société à opter pour une autre forme d’économie qui serait plus solidaire, plus responsable. C’est à en croire Guy GABON une façon de dessiner le monde autrement, d’une façon plus respectueuse des ressources finies de notre planète et des personnes qui contribuent à produire les objets de notre quotidien pour notre confort et notre bien-être.


 

Interview de Guy Gabon

Comment définissez-vous l’éco design ?

C’est une démarche qui consiste à s’intéresser dans le domaine du design  à une démarche un peu plus vertueuse que celle que l’on connait habituellement dans la production à la fois d’objets ou de projets.

 

Vous considérez-vous comme un acteur de l’économie sociale et solidaire ?

Pas spécifiquement, je ne suis pas  impliquée systématiquement dans cette démarche. Je considère que c’est plus une évolution de nos modèles économiques qui conduira inévitablement à l’économie sociale et solidaire. Dans ma façon de travailler, je m’efforce d’aller dans le sens  de cette logique et de cette dynamique. C’est mon mode de vie et de pensée.

Souhaitez- vous apporter votre contribution au réseau de l’économie sociale et solidaire ?

C’est  ce que je souhaite. J’ai adapté mon activité d’éco  design au territoire de la Guadeloupe. De fait, le contexte local rend les choses un peu difficiles parce que je m’intéresse à la matière qui a déjà eu une existence. Je participe à une forme d’économie circulaire basée sur celle de l’économie sociale et solidaire, puisqu’elle est axée sur le recyclage.  J’ai créé un projet associatif dénommé La Ressourcerie des Arts qui consiste à collecter des encombrants pour une remise en état. Je me suis intéressée à la collecte de déchets  dus à des activités commerciales avec l’objectif de les réinvestir dans l’économie en direction de cible comme des artistes et des créatifs designers.

Êtes-vous la seule à œuvrer dans ce domaine d’activité ?

J’essaie de rassembler autour de moi des forces créatives, d’autres artistes, d’autres créatifs. Mais je suis encore dans les balbutiements de ce projet. Je travaille au financement et à la synthèse des gisements concernant les ressources. Mon projet touche à la fois l’économie marchande ainsi que l’économie sociale et solidaire.

L’économie sociale et solidaire a pour priorité de lutter contre l’exclusion et de favoriser l’insertion ou la formation professionnelle. Vous reconnaissez-vous dans cette description ?

J’ai le souci de m’intéresser à un public en marge de la société dans le cadre de mon projet. Je me tourne vers un public jeune et scolaire. Par exemple pour la Route du rhum, il s’agissait de fabriquer des totems de tri sélectif. J’ai travaillé avec une l’association Maison de quartier lauriers Webbe de Pointe à Pitre qui oeuvre à l’insertion de jeunes. Le projet a duré 4 mois et s’est développé dans le cadre de l’environnement.

Quel a été le bilan au terme de ces quatre  mois ?

Dans le groupe, un jeune qui était en marge de la société a été réintroduit dans le cadre de la formation classique. Dans un sens plus global, l’objectif était d’ouvrir à ces jeunes une porte sur l’insertion (stages, formations…)

Est-ce que l’éco-design représente une solution pour le maintien des valeurs morales dans la société ?

Oui, car quand on applique le principe de se dire qu’il n’y a pas de déchets dans la société et que tout le monde peut trouver sa voie. C’est une façon d’appréhender la personne humaine dans toute sa dimension et non pas de façon segmentée.

D’autres ont-ils envie de vous imiter ? Avez-vous été contactée dans ce but ?

Oui, dans le cadre de réunions et de séminaires divers. Mais force est de constater que c’est difficile de créer un collectif en Guadeloupe. L’esprit individualiste semble prédominer.

Selon vous, la solidarité qu’exige ce modèle économique fait-il défaut ?

Il est évident que la mentalité et le comportement actuel sont un frein à l’économie sociale et solidaire. Je constate que la solidarité émerge surtout dans des situations de drame et de difficultés majeures mais pas suffisamment au quotidien.

Quel est le message résumant en deux mots votre rôle dans l’économie sociale et solidaire ?

L’artiste doit être à l’avant-garde des choses et utiliser sa sensibilité pour ressentir les choses.