« Des Saveurs et Des Mots » : La crêperie du livre solidaire

Allez venez, on vous emmène lire au resto. L’invitation peut paraître au prime abord, bien saugrenue. Mais en y regardant de plus près, la proposition est loin d’être dénuée de sens.

En s’attardant un peu sur le nom de ce restaurant dans lequel on vous invite, « Des saveurs et des mots », l’idée de lire au resto prend forme. Une idée qui a mijoté à feu doux, dans l’esprit de Julie Cutillas, une passionnée de littérature, une dévoreuse de bouquins. Dans sa crêperie on mange, on lit, et on peut même y échanger des livres. Une idée de partage plutôt sympathique, histoire sans doute de mettre les bonnes choses à la portée du palais et de l’esprit, mais surtout d’instaurer des liens et de la mixité sociale, par le biais de la littérature. Visite guidée dans la crêperie du livre solidaire.

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« Je possédais une  énorme bibliothèque, j’avais des livres partout chez mes parents, chez des amis. Ils m’ont demandé de leur faire de la place...». Voilà, c’est comme ça que les livres de Julie se sont retrouvés dans sa crêperie à la Marina. Une idée de déco  plutôt originale, mais aussi l’envie de partager une passion, parce que, les sept cents et quelques livres, ornant les murs de la crêperie, ce n’est pas que pour la déco. Julie les a tous lus. De quoi pouvoir alimenter des conversations entre deux crêpes et enrichir les échanges avec la clientèle !   Au début tous les livres étaient consacrés au prêt, contre une modique caution, mais malheureusement beaucoup ne revenaient jamais. Alors, Julie a décidé de s’y prendre autrement. Désormais dans un coin du resto, des ouvrages consultables sur place... et un autre espace  réservé aux échanges de bouquins. Une sorte de troc incessant, alimenté surtout par les plaisanciers de passage. «Ils n’ont guère de place sur les bateaux alors ils nous confient les livres qu’ils ont lus et renouvellent leur stock, grâce à notre système d’échange».

« La solidarité, l’esprit d’utilité collective, ça me parle, j’ai longtemps travaillé dans le micro-crédit»

« L’économie solidaire c’est une vraie alternative pour ceux qui ne peuvent ou qui ne veulent pas passer par les circuits économiques classiques, orientés essentiellement vers le profit, et la toute puissance du capital. Je suis un peu dans cet esprit là, notre démarche d’échange de livres, correspond bien à ça » L’échange, le partage, la solidarité, c’est le dessein de Madame Cutillas. Elle souhaite échanger autour de la culture, autour des cultures, puisque qu’à travers ses bouquins, tous les genres, toutes les cultures sont représentées. D’ailleurs pour choisir le nom de sa crêperie, elle s’est inspirée du titre du roman de Maryse Condé : « Victoire, des saveurs et des mots ». Une référence au patrimoine culturel de la Guadeloupe et un éloge à la valorisation des compétences locales à travers l’histoire de Victoire, une femme bousculée par la vie, et qui s’en sort grâce à ses talents de cuisinière. De cette façon la jeune restauratrice de la Marina se donne les moyens d’ouvrir un autre dialogue avec sa clientèle. Aller au delà du simple «ça a été, vous avez bien mangé... ? » Alors,  resto d’intellos ? Pas du tout, juste une crêperie bretonne, où le livre est un moyen, parfois même, une monnaie d’échange. Un resto alternatif, où d’appétissantes effluves côtoient allègrement les mots.

Définition du cross-booking :
C’est un nouveau concept original d’incitation à la lecture, qui voit certains lieux publics se doter d’espaces de lecture et d’échanges de livres.
Basé sur le partage gratuit et la confiance, le principe du cross-booking est simple : chacun est libre de déposer un livre de son choix et d’en emprunter un autre laissé dans l’espace dédié. Les gens peuvent ainsi découvrir les livres d’auteurs qu’ils n’auraient peut-être pas achetés. Il ne s’agit pas non plus de faire concurrence aux libraires, au contraire. Les livres confiés au cross- booking ne sont en général pas les plus récents. Mais ils incitent à la lecture et ne peuvent que donner envie aux lecteurs d’aller plus loin en se rendant dans les librairies.
Cette pratique, courante dans les pays anglo-saxons, n’est pas encore très répandue en France, ni sous nos latitudes.