Tontines et micro-crédit : deux instruments financiers

Les tontines sont la forme traditionnelle la plus efficace de l’épargne et du petit crédit.

D’une certaine façon, on pourrait parler d’associations rotatives d’épargne et de crédit. Tout comme les caisses locales et mutuelles, elles ne sont pas reliées à de grandes organisations, ni aux banques.

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Les tontines sont la forme traditionnelle la plus efficace de l’épargne et du petit crédit. D’une certaine façon, on pourrait parler d’associations rotatives d’épargne et de crédit. Tout comme les caisses locales et mutuelles, elles ne sont pas reliées à de grandes organisations, ni aux banques. Elles reçoivent l’épargne de leurs membres souvent liées par un point commun comme une même famille, un même quartier ou encore une même région, et fixent elles-mêmes les taux d’intérêt sans tenir compte des lois ou du marché financier, mais en revanche, elles ne reçoivent pas d’aide extérieure. La somme des versements qui passe dans les tontines est une épargne que chacun constitue librement et grâce à laquelle chaque membre pourra en disposer le moment venu. En résumé, on peut donc dire que la tontine est un encouragement au travail puisque le récipiendaire se doit de rembourser.

Différents types de tontines

Parmi les types de tontines les plus répandues, citons les tontines mutuelles qui reposent sur la solidarité où chaque adhérent verse régulièrement une cotisation. La totalité des fonds versés est mise à chaque fois à la disposition d’un membre, à tour de rôle. Les sommes épargnées ne produisent pas d’intérêt financier pour l’épargnant.

Les tontines financières consistent quant à elles en dépôts effectués par l’ensemble des adhérents, mis aux enchères selon des modalités statutairement définies. Le produit de ces enchères est ensuite reparti entre les participants qui, quelle que soit leur propre enchère, se trouvent rémunérés de leurs propres versements.

Concernant les tontines à accumulation, les cotisations ne sont pas redistribuées à un des membres mais accumulées dans la caisse de la tontine. Les fonds ainsi collectés appartiennent à la tontine jusqu’à ce que les membres décident d’effectuer un partage, c’est-à-dire de redistribuer tout l’argent accumulé aux membres, au prorata de ce qu’ils ont cotisé. Entre-temps l’argent de la tontine est investi de la façon dont les membres en ont décidé collectivement. Le plus souvent, les fonds sont octroyés aux membres sous forme de crédit dont les conditions sont décidées collectivement (conditions d’obtention, durée, intérêt, échéances de remboursement, recouvrement et sanctions en cas de retard dans le remboursement, etc.). Ainsi les membres empruntent auprès de la tontine pour mener des activités économiques. Ils remboursent ensuite la tontine, capital et intérêts. Les crédits étant souvent courts avec des intérêts relativement élevés, les fonds disponibles s’accroissent rapidement, ce qui permet aux membres d’emprunter plus longtemps, et ainsi de développer progressivement leurs affaires. Au moment du partage, les membres reçoivent nettement plus que ce qu’ils ont cotisé. Ainsi, ceux qui ont avant tout besoin d’épargner et ceux qui ont avant tout besoin de crédit y trouvent tous leur compte. La somme importante ainsi récupérée peut permettre un investissement à plus long terme, ou de faire face à une dépense importante prévisible.

La mutation de la tontine en micro-crédit, confrontée à ses limites

Pour faire face aux limites de la tontine dans notre société moderne, le micro-crédit prend le relais. Il s’agit d’un secteur de crédits autre que celui des banques et des systèmes financiers formels, qui contribue à la création d’emplois et constitue une source de revenus pour les personnes n’ayant pas accès aux crédits bancaires et aux autres services financiers.
 
Toutefois, le microcrédit a, en quelques décennies, évolué vers la microfinance, considérée comme un ensemble de services financiers répondant à des besoins précis et fournis par des institutions très variées. La microfinance semble donc être dans notre contexte de vie sociétale moderne un des leviers essentiels à l’économie sociale et solidaire. Toutefois, beaucoup de questions liées aux difficultés de pérennisation et de viabilité financière et institutionnelle devraient focaliser l’attention de ceux qui s’évertuent à nourrir les réflexions sur les enjeux d’efficacité des services d’accompagnement, notamment lorsqu’ils sont couplés à une offre de micro-crédit.
 
Aujourd’hui, il existe des milliers d’institutions de microfinance dans le monde mais peu d’entre elles ont atteint l’autosuffisance financière. En permettant l’accès des populations rurales à des services financiers de base, en favorisant l’augmentation des revenus, en créant des emplois, en diminuant la dépendance vis-à-vis des usuriers, la microfinance, comme ce fut jadis le cas pour la tontine, permettrait, en tous cas dans une certaine mesure, de rompre le cercle vicieux de la pauvreté et de l’exclusion sociale.