Violetta Chaville, l’Inoubliable

Vingt quatre ans après sa disparition, sa haute stature hante encore les souvenirs des moins jeunes.

Violetta Chaville était en effet un personnage, haut en couleur, une passionnée de cuisine, habitée par un amour incommensurable pour sa  Guadeloupe natale. Elle était tout aussi passionnée par les gens mais cachait bien son jeu.

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Une grande figure

Vingt quatre ans après sa disparition, sa haute stature hante encore les souvenirs des moins jeunes. Violetta Chaville était en effet un personnage, haut en couleur, une passionnée de cuisine, habitée par un amour incommensurable pour sa  Guadeloupe natale. Elle était tout aussi passionnée par les gens mais cachait bien son jeu. Se dissimulait  sous des exigences de rigueur pleinement assumées, un cœur d’or...La rigueur faisait partie des «  recettes » qui, en quelques années, lui avaient permis de faire du restaurant « la Créole » un passage obligé pour les gastronomes, les plus exigeants.

On peut sans crainte de se tromper affirmer que Violetta Chaville est un personnage incontournable dans l’histoire moderne du Cuistot Mutuel.

Mise en synergie

Madame Chaville accède à la présidence de la «  société des cuisinières » en 1970 avec  une réputation déjà bien établie en tant que restauratrice. Elle est la patronne d’un des établissements les plus courus de la place. Les  touristes, les locaux, tout le monde connaît                « Chez Violetta ».

Energique et talentueuse en salle comme derrière ses fourneaux, cette reine de la gastronomie va  faire montre de ses talents de visionnaire aux commandes de l’association du Cuistot Mutuel.

Patiemment , elle a travaillé l’ouvrage, se référant à sa propre expérience dans la gestion au quotidien de son restaurant.Un véritable laboratoire qui lui a permis de mieux guider  l’association pour laquelle elle nourrissait là aussi de grandes ambitions.

Un sacré tempérament

Lors des premières années, il lui a fallu asseoir sa légitimité. Ses soldats, dont ses ex compagnes (elle a démarré à la base elle aussi ) sont comme ses filles... Son entregent et sa facilité à comprendre la réalité touristique, son audace et sa créativité, tout cela, elle le mettra alors au service de l’association. Elle s’active sur les deux fronts, la Créole continuant à monter en puissance.

Pour ses premières grandes initiatives, elle se concentra sur la proximité. Le Cuistot Mutuel possédant sur le territoire ses habitudes de sorties, elle veilla à les étoffer en en faisant de mini évènements, s’appuyant sur cet ardent défenseur des traditions qu’était Casimir Létang (la gazette créole)  pour communiquer sur les ondes.

Les voyages dans les dépendances, occasionnelles jusque là , vont ainsi  devenir plus fréquents

Cela n’apparut pas évident pour les plus jeunes de se mettre au diapason de son autorité naturelle mais le résultat a vite fait taire certaines velléités  chez les plus teigneuses. Et puis, la reine du monde culinaire guadeloupéen en imposait vraiment... !

Le chemin vers l’ouverture

Très vite, Violetta, présidente, s’appuyant sur  son propre réseau propulsa les Cuisinières dans une autre sphère : celle des échanges avec les autres DFA. La dame possédait l’expérience des gens multi-cartes et pouvait jouer sur tous les tableaux pour faire avancer la cause du Cuistot Mutuel. C’est ainsi que dans les années 80, elle initia des rapports suivis avec la Martinique et connut les premiers contacts avec la Guyane.

Violetta avait de la suite dans les idées. Elle fonda les associations sœurs des cuisinières  de Marie Galante et de Martinique sur le même principe. Pour mieux souder les liens entre elles, chaque membre de l’association sœur devait être parrainé par une cuisinière de la Guadeloupe. On comprend mieux  comment grâce à cette idée géniale se sont pérennisés les échanges  entre cuisinières de Martinique et de Guadeloupe...

Violetta Chaville a ainsi intronisé l’ancêtre du Cordon Madras de Saint Pierre .Elle fut la marraine de Livia Vallade, restauratrice bien connue de la place de Saint Pierre (972) qu’elle imposa (1988) comme première présidente de l’association locale à tout juste 36 ans. Un geste dont le caractère symbolique  a marqué l’intéressée, qui aujourd’hui encore, manifeste sa « grande reconnaissance » sur le blog de son nouveau restaurant de Montfort l’Amaury en région parisienne.

A l’époque, « les jeunes martiniquaises », interpellées dans un premier temps, étaient subjuguées par l’usage que la présidente Violetta faisait de sa clochette.** « J’en suis demeurée littéralement abasourdie » , nous a expliqué  Sonia Chevignac qui fut secrétaire du Cordon Madras...

En ce qui concerne la « Gastronomie Guyanaise », c’est une autre histoire. Sa fondatrice Feue Régine Horth, bien pénétrée de l’existence et des activités du Cuistot Mutuel lors de séjours en Guadeloupe, s’en est probablement inspiré pour créer en 1983, l’association fanion du massif des Guyanes*.


Autre signe d’ouverture, à la fin des années 70 , côté cercle familial, Violetta Chaville prête de plus en plus régulièrement  une oreille attentive aux conseils de communicant et de musicien de son fils adoptif Freddy Marshall. Parallèlement, son neveu Richard Chaville, professeur de cuisine émérite, évoque avec elle la créativité dans le domaine culinaire et surtout lui apporte les touches techniques en matière de présentation et de port de plateau.

« Du pain béni » pour l’association, la modernité était  en marche, les bases de l’Institution maintenant solidement posées.

1985 marquera un tournant dans la présidence de Violetta Chaville. C’est l’année de l’invitation à la Mairie de Paris, Jacques Chirac en fin gourmet ayant toujours eu pour les Cuisinières, « les yeux de Chimène ».
Ce premier grand voyage sous l’égide de Violetta fut suivi de nombreux autres. Paris à plusieurs reprises, diverses régions françaises (La Bretagne entre autres).

Et c’est reparti de plus belle... ! Depuis 2006, nos ambassadrices n’arrêtent pas un seul instant.

Violetta partie en 1991 rejoindre Léonie Mélasse, les Cuisinières ont ainsi continué à creuser leur sillon vulgarisant contre vents et marées l’art culinaire et les traditions vestimentaires de la Guadeloupe à travers quasiment le monde entier.

En mars 2015, l’actuelle présidente Marie Lencrerot a bouclé  sa première mandature. L’association bien relancée par sa devancière Mérita Félix, poursuit sa route sur ce chemin d’exception ouvert par Violetta Chaville.  Toile de fond historique pour leur prochaine parade de ce 8 août, l’organisation des cérémonies du Centenaire. L’épopée de cette belle créole de Gourbeyre  sous la gouvernance de laquelle, l’ex Cuistot Mutuel a écrit quelques-unes des plus belles pages de son histoire, y sera, nous n’en doutons pas, largement évoquée.

*Dès la fin des années 80, guyanaises et guadeloupéennes se sont en effet rencontrées  à des fins de prise de contacts... mais c’est sous la présidence de Netty Foggéa que ce sont réellement concrétisés les échanges avec l’association guyanaise (précisions de Lucide Clet, actuelle présidente de la gastronomie Guyanaise).

**Un symbole du pouvoir qui lui permettait de faire respecter et d’appliquer  le protocole en toute discipline